Trente-trois ans après la naissance du premier "Monstre" dessiné par Miguel Galluzzi, la Ducati Monster modèle 2026 franchit une étape historique. En abandonnant le célèbre bloc Testastretta 11° pour un tout nouveau bicylindre V2 à distribution par ressorts et calage variable, Ducati bouscule ses propres traditions pour viser l'efficacité pure. Entre légèreté record et technologie de pointe, voici le portrait détaillé de la cinquième génération du roadster le plus célèbre au monde.
L'héritage Monster : De l'acier au monocoque
Parler de la Monster, c'est raconter l'histoire d'une moto qui a sauvé Ducati dans les années 90. À l'époque, la formule était simple : un cadre treillis en acier, un moteur en L et un phare rond. Mais depuis 2021, la Monster a fait sa révolution en adoptant un cadre "Front Frame" en aluminium, inspiré de la Panigale. Les puristes ont crié au sacrilège, mais les chiffres de vente et l'efficacité dynamique ont donné raison à Borgo Panigale.

En 2026, Ducati enfonce le clou. La Monster 2026 ne cherche plus à imiter le passé, mais à définir le futur du roadster sportif de moyenne cylindrée. Plus compacte, plus technologique et surtout beaucoup plus légère, elle assume son statut de machine de "fun" ultime, sans pour autant sacrifier l'esthétique latine qui fait battre le cœur des motards.
Le nouveau moteur V2 de 890 cm³ : Adieu Desmo, bonjour IVT
C'est le séisme de ce millésime 2026. Sous le réservoir musclé, le moteur de 937 cm³ a laissé place au tout nouveau bicylindre V2 de 890 cm³. Plus qu'une simple réduction de cylindrée, c'est une mutation génétique. Pour la première fois sur une Monster de ce segment, Ducati abandonne la célèbre distribution Desmodromique au profit d'un système de rappel de soupapes par ressorts.

Pourquoi un tel choix ? La réponse tient en un mot : IVT (Intake Variable Timing). Ce système de calage variable à l'admission permet au moteur de modifier l'ouverture des soupapes en temps réel selon le régime. Résultat : une souplesse incroyable à bas régime (là où les anciens V2 cognaient) et une allonge rageuse dans les tours. Ce moteur est également 6,2 kg plus léger que son prédécesseur, participant activement à l'agilité de la machine.
Performances : 111 chevaux de pur plaisir
Malgré la baisse de cylindrée, les ingénieurs italiens ont réussi un tour de force. La puissance grimpe à 111 ch à 9 000 tr/min, avec un couple de 91,1 Nm à 7 250 tr/min. Mais au-delà des chiffres bruts, c'est la disponibilité de la force motrice qui impressionne. Grâce à l'IVT, plus de 80 % du couple maximal est disponible entre 4 000 et 10 000 tr/min.
En dynamique, cela se traduit par une poussée franche et constante. Que vous soyez en ville sur le troisième rapport ou en train de sortir d'une épingle en montagne, la Monster 2026 répond présent sans temps mort. La sonorité, bien que muselée par les normes Euro 5+, conserve ce grognement typiquement italien, surtout si vous optez pour les silencieux optionnels Termignoni en titane.
Châssis et Poids : La quête obsessionnelle de la légèreté
La légèreté est le leitmotiv de cette version 2026. Avec un poids en ordre de marche (sans carburant) de seulement 175 kg (environ 188 kg tous pleins faits), la Monster est l'une des motos les plus légères de sa catégorie. Pour arriver à ce résultat, Ducati a utilisé le moteur comme élément porteur du châssis monocoque en aluminium.

Le bras oscillant a également été redessiné, s'inspirant fortement de celui de la nouvelle Panigale V4. Côté suspensions, Ducati fait confiance à une fourche inversée Showa de 43 mm et à un mono-amortisseur arrière réglable en précharge. Le comportement est incisif : la moto plonge au point de corde avec une facilité déconcertante, tout en restant stable sur les gros freinages grâce aux étriers Brembo M4.32 et au maître-cylindre radial.
Design 2026 : Le retour du "Dos de Bison"
Esthétiquement, la Monster 2026 réconcilie les générations. Les designers ont retravaillé le réservoir pour lui redonner cette courbe charnue baptisée "dos de bison", emblématique de la première M900 de 1993. Les entrées d'air avant, intégrées sur les flancs, renforcent l'aspect musclé de l'avant, tandis que l'arrière s'affine à l'extrême.

L'optique avant évolue également. Toujours ovale, elle intègre désormais une signature lumineuse LED segmentée et des clignotants dynamiques. Deux coloris sont au catalogue : le classique Ducati Red avec jantes noires, et le très élégant Iceberg White avec des jantes Racing Red qui soulignent le tempérament sportif de la machine.
"La Monster 2026 ne ressemble à aucune autre japonaise. Elle conserve cette élégance agressive, ce côté 'diva déshabillée' qui fait tout son charme."
Électronique : Un cerveau de Panigale dans un corps de Naked
L'équipement électronique est tout simplement pléthorique pour un roadster de cette cylindrée. La Monster embarque une centrale inertielle à 6 axes (IMU) qui gère toutes les assistances en fonction de l'inclinaison de la moto :
- ABS Cornering : Pour freiner fort même sur l'angle.
- Ducati Traction Control (DTC) : Réglable sur 8 niveaux.
- Ducati Wheelie Control (DWC) : Pour garder la roue avant au sol... ou pas.
- DQS 2.0 (Quick Shift) : Passage des rapports à la montée et à la descente sans embrayage, encore plus fluide que la version précédente.

Toutes ces informations sont distillées sur un nouvel écran TFT couleur de 5 pouces avec une interface simplifiée inspirée de la compétition. La navigation "Turn-by-turn" est désormais disponible via l'application Ducati Link, tout comme le régulateur de vitesse (en option).
Accessibilité : La meilleure Monster pour les permis A2 ?
Bonne nouvelle pour les jeunes motards : Ducati propose une version bridable à 35 kW (47,5 ch). Contrairement à certains concurrents qui proposent des moteurs poussifs, la Monster A2 conserve tout le couple et le caractère du V2 à bas et mi-régimes. C'est sans doute l'une des motos les plus valorisantes pour débuter, d'autant que la hauteur de selle de 815 mm (abaissable à 775 mm avec le kit selle basse) la rend accessible à tous les gabarits.

Entretien et Fiabilité : 45 000 km sans voir le garage
C'est l'autre grand avantage de l'abandon du système Desmodromique. En passant à une distribution classique avec calage variable, Ducati a pu espacer de manière spectaculaire les entretiens majeurs. Le contrôle du jeu aux soupapes (le fameux Desmo Service) est remplacé par une révision tous les 45 000 km.
Pour le propriétaire, c'est une économie substantielle sur le coût d'usage à long terme. Ducati prouve ici que "moto passion" peut désormais rimer avec "achat rationnel". La garantie est de 2 ans avec kilométrage illimité, extensible avec le programme Ever Red.
Face à la meute : Street Triple, MT-09 et 990 Duke
Le segment des roadsters sportifs est ultra-concurrentiel. La Ducati Monster 2026 doit faire face à de sacrées clientes :
- Triumph Street Triple 765 RS : Plus puissante et plus précise sur piste, mais moins coupleuse au quotidien.
- Yamaha MT-09 SP : Un moteur trois cylindres explosif et un prix plus serré, mais une finition moins "premium".
- KTM 990 Duke : La "Scalpel" est plus radicale et nerveuse, mais son design clive énormément.
La Monster se positionne comme le choix de l'équilibre : elle offre le prestige de la marque, un moteur plein de caractère et une facilité de conduite déconcertante pour le pilote moyen.

Verdict : La Monster 2026 est-elle toujours une "vraie" Ducati ?
Oui, et plus que jamais. Si certains regretteront le cadre treillis ou le bruit caractéristique du Desmo, il faut se rendre à l'évidence : la Monster 2026 est une meilleure moto. Elle est plus légère, plus intelligente, plus sobre et infiniment plus agile. Ducati a réussi à condenser l'essence même du pilotage — un moteur, deux roues et beaucoup de sensations — dans un écrin technologique de premier plan.
Les points forts :
- Moteur V2 IVT incroyablement souple et plein.
- Poids plume qui transforme chaque virage en jeu.
- Électronique de pointe héritée de la catégorie Supersport.
- Intervalles de maintenance (45 000 km).
Les points faibles :
- Prix premium face à la concurrence japonaise.
- Protection contre le vent quasi nulle (c'est un roadster !).
- Disparition de la distribution Desmodromique pour les puristes.
Fiche technique Ducati Monster (Modèle 2026)
| Caractéristique | Détails |
|---|---|
| Moteur | Bicylindre en V à 90°, 4 temps, refroidissement liquide, IVT (Variable Timing) |
| Cylindrée | 890 cm³ |
| Puissance Maxi | 111 ch (81,6 kW) à 9 000 tr/min (dispo en A2) |
| Couple Maxi | 91,1 Nm à 7 250 tr/min |
| Alésage x Course | 96 mm x 61,5 mm |
| Taux de compression | 13,1:1 |
| Cadre | Monocoque en aluminium |
| Poids | 175 kg (sans carburant) / ~188 kg en ordre de marche |
| Hauteur de selle | 815 mm (réglable à 775 mm avec kit) |
| Freinage | Double disque 320 mm, étriers Brembo M4.32, Cornering ABS |
| Électronique | TFT 5", 4 Riding Modes, DTC, DWC, DQS 2.0 |
| Prix | À partir de 12 590 € |