Le circuit du Mugello vient de vibrer au rythme d'une annonce historique. Pour célébrer son centenaire (1926-2026), Ducati ressuscite son passé le plus glorieux à travers dix machines exclusives, éditées à seulement 100 exemplaires à l'échelle planétaire. Analyse d'un coup de maître temporel.
Il y a des dates qui dépassent le simple cadre de l'industrie pour toucher au sacré. Le 4 juillet 1926, à Bologne, la famille Ducati posait la première pierre d'une aventure industrielle qui n'avait alors rien à voir avec le monde des deux-roues. Des décennies de composants radio, de bouleversements d'après-guerre, puis l'étincelle : la greffe d'un petit moteur Cucciolo sur un cadre de bicyclette. Cent ans plus tard, Borgo Panigale est devenu l'épicentre mondial de la passion motocycliste, un symbole d'excellence esthétique et de domination technologique.

C'est en marge du Grand Prix d'Italie, dans l'ambiance survoltée du Mugello, que le constructeur a choisi de lancer officiellement les célébrations de son centenaire avec la présentation de la Collezione 100. Ce projet d'une envergure rare ne se contente pas de poser des autocollants commémoratifs sur des modèles existants. Ducati a sélectionné dix jalons temporels, dix moments de bascule ou motos de légende, pour réinventer l'intégralité de sa gamme contemporaine. Le résultat ? Mille motos au total (dix modèles multipliés par cent unités), instantanément hissées au rang de pièces de collection absolues.
L'orfèvrerie dans le détail : L'ADN commun de la Collezione 100
Avant de plonger dans les spécificités de chaque modèle, il convient de s'attarder sur les éléments transversaux qui unifient cette collection et justifient son statut d'exception. Ducati a développé une identité visuelle et technique unique pour ces versions, baptisée du sceau du Centenaire.
Le premier élément frappant est l'introduction d'une teinte exclusive : le Bronze Centenaire. Cette nuance haut de gamme habille des composants critiques, à commencer par les étriers de frein Brembo, une finition strictement réservée à cette collection. On retrouve également ce bronze subtil sur la couronne du bouchon de réservoir d'essence en aluminium taillé dans la masse, ainsi que sur la plaque numérotée rivetée directement sur le té de fourche supérieur ou la colonne de direction.
Au-delà de la peinture, c'est une véritable déclaration d'amour aux puristes que signe Ducati en installant un embrayage à sec sur la quasi-totalité de la gamme. Pour la première fois dans l'histoire moderne de la marque, ce composant au son si caractéristique et à l'efficacité éprouvée en compétition fait son apparition sur les motorisations V2 de nouvelle génération, renforçant l'authenticité mécanique de la démarche. Seuls le DesertX et le Scrambler dérogent à cette règle pour préserver leurs aptitudes spécifiques.
L'assise n'est pas en reste, avec des selles sur mesure en Alcantara ou en cuir de premier choix, rehaussées d'un logo de célébration brodé à la main. Chaque acheteur recevra sa machine accompagnée d'un béquille d'atelier arrière peinte aux couleurs de la livrée, d'une housse de protection dédiée et d'un certificat d'authenticité indéboulonnable. Enfin, l'expérience numérique est personnalisée : dès l'allumage, l'écran TFT du tableau de bord déploie une animation de démarrage exclusive dédiée aux 100 ans.
Quand la vitesse rencontre le cubisme : La vision d'Ugo Nespolo
Pour ancrer définitivement la Collezione 100 dans l'histoire culturelle italienne, Ducati a fait appel à l'artiste contemporain de renom Ugo Nespolo. Connu pour son style coloré, graphique et teinté de pop-art et de futurisme, Nespolo a carte blanche pour interpréter chacun des dix modèles et leur muse historique.
Chaque moto de la collection est ainsi livrée avec un diptyque d'œuvres d'art originales, signées de la main du maître et portant le même numéro de série que la machine associée. Cette collaboration transforme l'acte d'achat d'une moto en l'acquisition d'un ensemble patrimonial complet, mariant le génie industriel de Bologne à l'avant-garde artistique transalpine.
Les reines de la piste : Panigale et Streetfighter
1. Panigale V4 S 100 (Inspirée de la 750 Imola Desmo – 1972)
C'est sans doute la livrée la plus attendue par les historiens de la marque. La Panigale V4 S 100 s'habille d'une robe argentée pailletée (« argento glitterato ») rehaussée de bandes vert émeraude. C'est un hommage direct à la machine avec laquelle Paul Smart et Bruno Spaggiari ont écrasé la concurrence lors des 200 Milles d'Imola en 1972, une victoire fondatrice face au géant MV Agusta et à Giacomo Agostini. Ce triomphe inattendu avait propulsé le système desmodromique au sommet du cyclisme mondial. Transposer ces paillettes rétro sur les lignes tendues et aérodynamiques de la Panigale V4 S moderne crée un contraste saisissant, sublimé par des éléments en carbone et l'incontournable embrayage à sec hurlant à la décélération.

2. Panigale V2 S 100 (Inspirée de la 750 Super Sport Desmo – 1975)
Dérivée commerciale directe du triomphe d'Imola, la 750 Super Sport de 1975 est entrée au panthéon du design. La Panigale V2 S 100 reprend cette robe blanche immaculée traversée d'une bande bleu sarcelle turquoise. Reposant sur la toute nouvelle plateforme V2 de Borgo Panigale, cette édition se dote d'un accastillage taillé pour la piste : bracelets usinés, amortisseur de direction réglable, kit de suppression des rétroviseurs et un carter d'embrayage ouvert en carbone laissant entrevoir les disques de l'embrayage à sec, une configuration inédite d'usine sur ce bloc.

3. Streetfighter V4 S 100 (Inspirée de la 900 Sport Desmo Darmah – 1979)
À la fin des années 70, la tendance est au ténébreux. La Streetfighter V4 S 100 ressuscite l'esprit de la Darmah 900 avec une livrée noire profonde soulignée de liserés dorés d'une élégance rare, rappelant l'âge d'or de la Formule 1. Clin d'œil ultime des designers : la fameuse tête de tigre, emblème graphique dessiné sur les flancs de la Darmah originale, trouve ici sa place de manière subtile juste sous le garde-boue arrière et la boucle de cadre en carbone de l'hyper-naked moderne.

Les icônes de la rue et du design rebelle : Monster et Diavel
4. Monster 100 (Inspirée du Monster S4Rs Tricolore – 2008)
Le Monster a sauvé Ducati dans les années 90 en inventant le concept du roadster minimaliste. Pour la Collezione 100, la marque rend hommage à la version la plus outrancière de la deuxième génération : le mythique S4Rs Tricolore de 2008. Le Monster contemporain adopte ainsi une livrée blanche barrée des bandes vertes et rouges du drapeau italien, complétée par un cadre aux reflets dorés. Équipé d'un capot de selle aérodynamique et d'une sellerie Alcantara, ce Monster retrouve le grondement mécanique de l'embrayage à sec, indispensable pour raviver les souvenirs des premiers "Monstrodentistes".

5. XDiavel V4 100 (Inspirée de la 750 SS « California Hot Rod » – 1977)
En 1977, le pilote Cook Neilson et le mécanicien Phil Schilling triomphent à Daytona au guidon d'une 750 SS lourdement modifiée, affectueusement surnommée la "California Hot Rod". Cette victoire a prouvé au public américain que les motos italiennes pouvaient s'imposer sur les terres des gros twins d'outre-Atlantique. La XDiavel V4 100 intègre cet héritage cruiser/racing en adoptant le bleu profond et l'argent de la machine de Neilson. La pièce maîtresse de ce modèle est son pontet de guidon central, entièrement usiné dans la masse et gravé pour l'occasion, renforçant l'aspect massif et sculptural de ce power-cruiser de 168 chevaux.

6. Diavel V4 RS 100 (Inspirée de la 900 Replica – 1979)
Le retour à la compétition de Mike Hailwood à l'Isle de Man en 1978, se soldant par une victoire légendaire au Tourist Trophy, reste l'un des plus grands moments du sport mécanique. La mythique MHR (Mike Hailwood Replica) qui en découla a inspiré la Diavel V4 RS 100. Habillée du triptyque rouge, vert et argent, cette machine diabolique pousse le vice du détail jusqu'à peindre sa béquille latérale en rouge vif, réplique exacte du choix fait sur la moto de course d'origine. Le mariage entre le bloc V4 Granturismo et les lignes athlétiques de la RS en fait une pièce maîtresse de la collection.

L'esprit d'aventure, d'endurance et de liberté : Des grands espaces aux circuits glacés
7. Multistrada V4 RS 100 (Inspirée de la 500 Pantah – 1979)
La Pantah 500 de 1979 est une révolution technique : elle introduit le fameux cadre treillis en acier et la distribution par courroie crantée qui définiront le visage de Ducati pendant quarante ans. La Multistrada V4 RS 100 adopte la livrée de cette icône, caractérisée par une base bleu pastel très douce balayée par des bandes rouges dynamiques. Le clou du spectacle réside sur les flancs du réservoir, qui arborent le logo historique aux lignes géométriques épaisses dessiné à l'époque par le célèbre designer automobile Giorgetto Giugiaro.

8. Scrambler 100 (Inspirée du 250 Scrambler – 1962)
Retour aux sources de la liberté des années 60. Le Scrambler 100 s'inspire du tout premier modèle destiné au marché américain en 1962. C'est la déclinaison la plus épurée et la plus accessible de la collection (estimée autour de 28 000 euros). Le cadre et les plaques latérales se teintent d'un bleu ciel d'époque, tandis que le réservoir en goutte d'eau arbore fièrement l'ancien logo à l'aigle de Ducati. Pour conserver la douceur d'utilisation inhérente à la philosophie du modèle, les ingénieurs ont choisi de ne pas lui imposer l'embrayage à sec, privilégiant le plaisir d'une conduite coulée.

9. Hypermotard V2 SP 100 (Inspirée de la 860 NCR Endurance – 1970)
Pour briller lors des épreuves de d'endurance impitoyables comme le Bol d'Or ou les 24 Heures de Montjuïc, Ducati s'en remettait à l'officine NCR. Menée par les pilotes Salvador Cañellas et Benjamin Grau, la grosse bicylindre fit merveille. L'Hypermotard V2 SP 100 s'empare de ces gènes de guerrière de la nuit avec une robe rouge et argent brute, complétée par un carter d'embrayage ouvert en carbone non homologué pour la route et un bouchon de réservoir rapide de couleur Bronze Centenaire. Une machine radicale, faite pour lever la roue avant en hommage aux gloires du passé.

10. DesertX 100 (Inspirée de la Pantah « Ice » – 1981)
C'est sans conteste la proposition la plus décalée et fascinante de cette sélection. Au début des années 1981, Ducati a développé des versions expérimentales de sa Pantah pour participer à des courses de démonstration sur les circuits glacés des Alpes. Le DesertX 100 reprend ce concept avec une livrée blanche immaculée géométrique, rehaussée de touches bleu givré et de lignes fluo rétro. Pour accentuer son profil de baroudeuse de l'extrême, la moto reçoit de série un garde-boue avant surélevé, une grille de protection de radiateur en aluminium robuste et une grille de phare grillagée, des accessoires exclusifs qui complètent sa silhouette de tout-terrain intemporel.

Une expérience totale : L'écosystème de la Collezione 100
Posséder une telle machine implique un certain art de vivre. Ducati a bien compris que l'exclusivité devait s'étendre au-delà du guidon. Les heureux propriétaires auront ainsi la possibilité de commander, en option, un casque et une veste technique en cuir ou textile adoptant scrupuleusement la livrée de leur monture. De plus, des partenariats haut de gamme avec des marques italiennes emblématiques comme Carrera (pour les lunettes) et Piquadro (pour la bagagerie en cuir) viennent enrichir le catalogue d'accessoires de cette année de commémoration.
Le point d'orgue des célébrations publiques aura lieu du 3 au 5 juillet lors de la World Ducati Week (WDW) au Misano World Circuit « Marco Simoncelli ». C'est là que le public pourra admirer pour la toute première fois les dix machines de la Collezione 100 réunies au même endroit. Pour marquer le coup de manière encore plus spectaculaire, l'écurie officielle MotoGP Ducati Lenovo Team fera courir ses pilotes vedettes, Francesco Bagnaia et Marc Márquez, au Mugello avec une livrée de course unique fusionnant les motifs des dix motos de la collection en un seul design d'usine.

